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 And I told you to be patient - Darjeeling ♥

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✔ Messages : 39
✔ Date d'inscription : 20/06/2011


MessageSujet: And I told you to be patient - Darjeeling ♥    Lun 18 Juil - 22:24


Les roses et les promesses
Les dimanches où l'on flâne
Les mots qui nous enflamment
Les roses et les promesses
Un beau jour se fanent

[Michi si tu vois ça, j’ai honteusement abusé (nan pas dans ce sens 8,) /sort ) de Dimitri, puisses tu me pardoner ;_____;]


Il y a eu le cri du verre qui se brise, les jurons du client, les excuses qu’elle marmonne platement, des syllabes sans vie au creux de sa bouche, des formes, des claquements de lèvres, des roulements de langue mécanique, des mots dénaturés derrière lesquels elle se cache, tandis qu’elle se baisse pour ramasser les éclats de porcelaine et de honte au sol. Au moins pourrait-il en profiter pour admirer la vue que le large décolleté de son uniforme laissait plus qu’entrevoir. Eponger le thé sur les manches de sa chemise, écouter d’une oreille distraite Dimitri promettant à l’homme une soirée gratuite chez les Oirans en compensation. Recoller les morceaux de son indifférence, grimacer légèrement lorsqu’un des éclats viens lui entailler le doigt. Goutte rougeâtre qui glisse le long de la phalange, larme amère de vie, des ces peines trop faibles pour être épongées ; il fallait souffrir comme l’on vivait, trop ou pas assez. Il n’y avait de place pour les fleurs à demi fanées. Alors elle garde le silence, c’était une belle tasse pourtant, de ces bibelots à la blancheur caressante et aux motifs finement dessinés, de ceux presque trop jolis pour être utilisés, de ces beautés sous verre qu’on ne prenait la peine d’aimer par peur de les user. Peut être ainsi, ne risquait-on au moins de les perdre. Et c’était peut être cette beauté là qui avait fait trembler ses mains, glisser le plateau, tandis qu’elle avait aperçut les roses peintes avec précision sur les côtés de la tasse, de ces mignonettes rosées et sans goût, beautés à peine écloses, dont l’apparence douceâtre caressait l’œil sans le contenter. De celles que l’on avait envie d’embrasser doucement du bout des lèvres. Et puis de jeter. Et puis d’oublier. Des ces princesses naïves qui écorchent le bout des doigts sans parvenir à les saisir. Elle garde le silence.

Alors elle aimerait le regarder droit dans les yeux ce gros monsieur joufflu qui peste en clamant haut et fort le prix de sa chemise, lui dire que c’est bien peu pour le prix d’une existence, qu’elle était bien aisée l’élégance qu’il tentait d’afficher, engoncé dans son costume d’où dépasse presque outrageusement le doré de sa montre, lui murmurer doucement, en articulant chaque mot, que ce n’était pas les roses de porcelaine et les vêtements de lin qu’il fallait ainsi aimer, qu’il n’y avait que les roses, une Rose qui en valait la peine. Que sa Rose à elle – que le souvenir qu’il lui en restait, et auquel elle s’accrochait obstinément tandis que celui-ci lui filait entre les doigts, et réciter chaque soir les courbes de ses joues, retracer le parcours de ses doigts sur et dans son corps, remodeler ses regards, répéter ses dernières paroles, pour cet amour mis à mort parce que n’ayant su fleurir à tort- que oui, sa Rose, n’était pas beauté pâlotte de salon de thé, sa Rose à elle glissait brûlante sur les paumes, sa Rose à elle étendait ses pétales jusqu’à couvrir le blanc de porcelaine et ses dorures, sa Rose à elle écorchait douloureusement les lèvres ayant la chance de s’y poser. Sa Rose à elle ne gisait pas en mille morceaux sur le sol. Sa Rose à elle, ne reposait pas, tendrement éclatée, au creux de sa paume, sienne lorsqu’elle lui déchire la peau ainsi, doucement. Elle garde toujours le silence.

Quelques morceaux de porcelaine à la poubelle, sermons de Dimitri, et flaques de thé épongées plus tard, elle époussète son uniforme du plat de sa main, geste sans importance de toute manière celui-ci tomberai bien assez vite au vu de la besogne l’attendant. Une cliente l’ayant demandée au Holy Night, qui l’y attend déjà apparemment, selon les remontrances de Dimitri la poussant à se dépêcher. Quelques marches de pierre, une odeur de fleurs bien connue qui prends à la gorge, air chargée d’essences d’exotisme et de luxure jusqu’à l’étouffement, et à chaque fois c’est un peu son estomac qui se serre pour ses Douceurs en bouteille dont les dernières traces se meurent dans les souffles des visiteurs. En silence elle s’avance, ne prête un regard à ses collègues se livrant à diverses prestations, et s’approche de celle qu’elle a repérée seule, dans un recoin légèrement à l’écart, où un large canapé de velours s’étend. Et toujours, lorsqu’elle pose ses yeux sur ses boucles rousses, le visage enfantin pointant de sous son grand chapeau, toujours lorsqu’elle plonge dans ses prunelles malicieuses, rejaillit soudain un parfum d’autrefois, tandis que s’entremêlent caresse du soleil sur la rousseur d’une fourrure et tendresse timide de petite fille.

-J’avais un renard autrefois.

Elle ne sait pas pourquoi elle a dit ça.
Elle aurait pu se planter face à elle, esquisser un sourire, cela plaît au client disait Dimitri, de ceux autant dénués d’affection que de sens, enlever sa robe, s’allonger sur la douceur du velours, et laisser le client faire le reste. Confier son corps, comme sa volonté à d’autres mains, comme pour oublier que dans ce cloaque chargé de beautés embouteillées, c’est un petit bout d’elle qui se meurt. Elle aurait put.

-J’étais très fière d’avoir réussit à l’apprivoiser. Ce n’est pas facile, ça prends du temps ces choses là, vous savez.

Alors elle ne sait pas pourquoi elle se contente juste de rester plantée là, debout face à elle, ses pupilles dans les siennes, peut être pour ce visage qu’elle toise, tentant d’y retrouver des éclats d’elle, peut être pour cet espoir que ses boucles là sauraient rappeler sa douce Rose, peut être par colère face à ce faciès qui affiche trop fort tout ce qu’elle avait tenté d’enfouir. Peut être parce qu’elle aimerait caresser doucement ses cheveux là, et lui dire, comme un caprice d’enfant fleurette, reste avec moi.

-J’avais un renard. Et je l’ai perdu.

Mais ce n’est plus toi, ce n’est plus moi, encore moins nous, et jamais toi et moi. Juste un moi sans toi, sans elle, un nous sans moi, à peine un vous. Un silence, peut être.
Et cela ne veut plus rien dire.


Mais sans jamais rendre l'âme
Je reviendrai je te promets

_________________
Ava'&sign by Batman WHY YO SO AWESOME?

Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image, dans un livre sur la forêt vierge qui s'appelait Histoires vécues. Ça représentait un serpent boa qui avalait un fauve. Voilà la copie du dessin.
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